Nigeria : le prĂ©sident Jonathan ordonne une enquĂȘte aprĂšs un bain de sang
le 24/04/2013 11:24:44
Nigeria

Le prĂ©sident nigĂ©rian Goodluck Jonathan a ordonnĂ© l'ouverture d'une enquĂȘte aprĂšs la mort de 187 personnes dans des affrontements entre armĂ©e et islamistes Ă  Baga (nord-est), condamnĂ©s par Washington qui regrette "la mort de tant de civils innocents".



Le prĂ©sident du Nigeria - pays le plus peuplĂ© d'Afrique et premier producteur de brut sur le continent- a dĂ©cidĂ© qu'une enquĂȘte approfondie devait ĂȘtre menĂ©e pour Ă©tablir ce qui a conduit Ă  tel bain de sang, le 19 avril Ă  Baga, un village de pĂȘcheurs sur les rives du Lac Tchad.

Il s'agit du bilan le plus lourd accusĂ© en un jour depuis le dĂ©but de l'insurrection dans cette rĂ©gion du nord musulman et pauvre du Nigeria, oĂč des sauveteurs continuaient Ă  fouiller les dĂ©combres en quĂȘte de blessĂ©s dans cette localitĂ© Ă  moitiĂ© dĂ©truite par les flammes.

Le prĂ©sident Jonathan a "ordonnĂ© une enquĂȘte approfondie au sujet du bilan Ă©levĂ© de morts dans les affrontements entre soldats et des insurgĂ©s Ă  Baga", selon un communiquĂ© prĂ©sidentiel.

Les violences ont Ă©clatĂ© vendredi Ă  Baga - village reculĂ© situĂ© dans une rĂ©gion oĂč est basĂ© le groupe islamiste nigĂ©rian Boko Haram, responsable d'attaques sanglantes dans le nord et le centre du pays depuis 2009.

Selon la Croix-Rouge, "187 morts ont été enterrés, et 77 personnes sont hospitalisées". Des insurgés ont été tués, mais aussi des soldats et des civils, selon des témoignages d'habitants recueillis par un représentant des autorités ayant inspecté les lieux dimanche, qui a requis l'anonymat.

PrÚs de la moitié de la localité a été détruite par des incendies à la suite des combats, a estimé lundi un responsable des services de secours.

Des insurgés équipés d'armes lourdes

Selon des habitants, les insurgĂ©s se seraient servis d'armes lourdes, mais peu d'informations ont pu ĂȘtre obtenues sur la nature des combats.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est déclaré "choqué" par le bilan des victimes , a déclaré son porte-parole Martin Nesirky. Le patron de l'ONU a également appellé "tous les groupes extrémistes à cesser leurs attaques".

A Washington, le porte-parole du département d'Etat, Patrick Ventrell, a déclaré que les Etats-Unis condamnent ces violents affrontements et mis en garde les autorités contre le seul recours à la force armée.

Si Washington soutient Abuja dans sa lutte contre Boko Haram, les autorités nigérianes doivent comprendre que "l'extrémisme violent nécessite plus que la simple réponse sécuritaire" et doivent "répondrent aux problÚmes des communautés vulnérables", selon M. Ventrell.

"Elles doivent le faire d'une façon qui n'est pas forcément brutale, mais efficace et qui se concentre également sur les besoins économiques et politiques légitimes dans le nord", a-t-il estimé, tout en rappelant que Boko Haram exploitait cette situation pour recruter.

Baga est situé à 150 kilomÚtres de la ville de Maiduguri, considérée comme le berceau du groupe Boko Haram. Mais de nombreux insurgés se seraient dispersés ces derniÚres années dans tout l'Etat de Borno du fait de la répression menée par les forces de sécurité dans la ville.

Depuis 2009, les attaques de Boko Haram dans le centre et le nord du Nigeria, et leur répression par l'armée, ont fait au moins 3. 000 morts.

Le groupe est notamment responsable Ă  Abuja d'attentats-suicide contre le siĂšge des Nations Unies, le quartier gĂ©nĂ©ral de la police et les locaux d'un des grands quotidiens du pays. Leurs cibles sont aussi les Ă©glises, souvent le dimanche et Ă  l'occasion des grandes fĂȘtes religieuses comme PĂąques et NoĂ«l.

Ils ont tiré "sur tout ce qui bougeait"

Selon de premiĂšres informations, les combats ont commencĂ© lorque des soldats ont encerclĂ© une mosquĂ©e oĂč des insurgĂ©s Ă©taient cachĂ©s.

Mais selon un habitant, les violences ont en fait Ă©clatĂ© quand des militants armĂ©s de Boko Haram ont voulu rentrer dans un centre oĂč des habitants ont l'habitude de "regarder des matchs de football".

Les islamistes auraient ensuite tiré dans la foule paniquée qui tentait de fuir, toujours selon le récit de cet habitant. Des soldats qui se trouvaient à proximité sont intervenus avant de se replier face à des insurgés lourdement armés.

Des habitants ont affirmé que les hommes de Boko Haram étaient armés de lance-roquettes anti-char. Des soldats sont ensuite revenus avec des moyens militaires renforcés.

Ensuite, des soldats ont "commencé à tirer et à incendier les maisons. Ils ont ouvert le feu sur tout ce qui bougeait. Les femmes, les enfants et les personnes ùgées n'ont pas été épargnés", a déclaré cet habitant sous couvert de l'anonymat.

La force conjointe de l'armée et de la police - déployée dans le Nord-Est pour combattre les islamistes - est réguliÚrement accusée d'exécutions sommaires et de violences envers les civils par diverses organisations internationales de défense des droits humains.
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Jeuneafrique

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